Revue Fontenelle, n° 4. Fontenelle entre science et rhétorique

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raison-là plus ardent et plus passionné que jamais ; et vous serez peut-être
la première qui serez contente des effets de l'absence. À la même. Je
vous trouvai hier, Mademoiselle, plus belle et plus brillante que jamais.
Je ne sais si vous êtes embellie en effet, ou si c'est mon imagination qui
vous a embellie. Voilà ce que c'est que d'aimer trop, on ne sait jamais
bien au juste la vérité des choses. De bonne foi je douterais quelquefois
que vous fussiez aussi aimable que vous me paraissez, si je n'entendais
dire à bien des gens que vous l'êtes véritablement. Vous pourriez être
laide que je ne m'en apercevrais pas, car je vous aime jusqu'à la folie.
Aussi quand je commençai à vous aimer, comme je sentais que je devais
me défier de mon jugement sur votre chapitre, j'allai demander à tout le
monde, s'il était vrai que vous eussiez les grands yeux vifs, l'agréable
bouche, et l'air fin que je vous voyais ; on me dit qu'il n'y avait à tout
cela aucune illusion, et sur cette réponse, je laissai faire à mon coeur ce
qu'il voulut. Quand j'y songe pourtant, je trouve qu'il vaudrait mieux
pour moi, que vous ne fussiez belle que par mon imagination, que
de l'être effectivement. Dieu sait avec combien de plaisir vous recevriez
un amour qui vous embellirait ; si vous ne m'aimiez pas, je vous
rendrais tout d'un coup votre première laideur, en cessant de vous aimer.
Mais vous seriez bien fâchée de me devoir votre beauté, car il faudrait
que vous n'en fissiez d'usage que pour moi, et ce n'est pas là votre
compte. On est bien malheureux que vos agréments ne doivent rien à
personne, cela vous rend trop fière. Je ne sais pourtant si ceux que je vous
trouvai hier, ne vous étaient point inspirés par quelqu'un. Il est sûr que
vos yeux n'étaient pas tout à fait au même état que je les avais laissés
quand je partis. Il y avait quelque chose de changé ; un certain brillant,
un feu plus doux, qui me parut de fort mauvais augure pour ma passion ;
car ce feu et ce brillant étaient venus pendant mon absence. Je vous défie
d'aimer que je ne m'en aperçoive. Hélas ! on dit que l'oeil du maître est
nécessaire partout, mais l'oeil de l'amant l'est encore bien davantage ;
j'ai été éloigné deux mois, et voilà les fruits de mon éloignement. Si
j'eusse été ici, j'eusse bien empêché vos yeux de devenir plus vifs ; il me
semble même que je les surpris en flagrant délit avec un cavalier qui était
chez vous, il vous regardait, et vous le regardiez. Je veux un peu examiner
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