Revue Fontenelle, n° 4. Fontenelle entre science et rhétorique

Revue Fontenelle, n° 4. Fontenelle entre science et rhétorique

Revue Fontenelle, n° 4. Fontenelle entre science et rhétorique
2006181 pagesISBN 9782877754217
Format: BrochéLangue : Français

(...)

raison-là plus ardent et plus passionné que jamais ; et vous serez peut-être

la première qui serez contente des effets de l'absence. À la même. Je

vous trouvai hier, Mademoiselle, plus belle et plus brillante que jamais.

Je ne sais si vous êtes embellie en effet, ou si c'est mon imagination qui

vous a embellie. Voilà ce que c'est que d'aimer trop, on ne sait jamais

bien au juste la vérité des choses. De bonne foi je douterais quelquefois

que vous fussiez aussi aimable que vous me paraissez, si je n'entendais

dire à bien des gens que vous l'êtes véritablement. Vous pourriez être

laide que je ne m'en apercevrais pas, car je vous aime jusqu'à la folie.

Aussi quand je commençai à vous aimer, comme je sentais que je devais

me défier de mon jugement sur votre chapitre, j'allai demander à tout le

monde, s'il était vrai que vous eussiez les grands yeux vifs, l'agréable

bouche, et l'air fin que je vous voyais ; on me dit qu'il n'y avait à tout

cela aucune illusion, et sur cette réponse, je laissai faire à mon coeur ce

qu'il voulut. Quand j'y songe pourtant, je trouve qu'il vaudrait mieux

pour moi, que vous ne fussiez belle que par mon imagination, que

de l'être effectivement. Dieu sait avec combien de plaisir vous recevriez

un amour qui vous embellirait ; si vous ne m'aimiez pas, je vous

rendrais tout d'un coup votre première laideur, en cessant de vous aimer.

Mais vous seriez bien fâchée de me devoir votre beauté, car il faudrait

que vous n'en fissiez d'usage que pour moi, et ce n'est pas là votre

compte. On est bien malheureux que vos agréments ne doivent rien à

personne, cela vous rend trop fière. Je ne sais pourtant si ceux que je vous

trouvai hier, ne vous étaient point inspirés par quelqu'un. Il est sûr que

vos yeux n'étaient pas tout à fait au même état que je les avais laissés

quand je partis. Il y avait quelque chose de changé ; un certain brillant,

un feu plus doux, qui me parut de fort mauvais augure pour ma passion ;

car ce feu et ce brillant étaient venus pendant mon absence. Je vous défie

d'aimer que je ne m'en aperçoive. Hélas ! on dit que l'oeil du maître est

nécessaire partout, mais l'oeil de l'amant l'est encore bien davantage ;

j'ai été éloigné deux mois, et voilà les fruits de mon éloignement. Si

j'eusse été ici, j'eusse bien empêché vos yeux de devenir plus vifs ; il me

semble même que je les surpris en flagrant délit avec un cavalier qui était

chez vous, il vous regardait, et vous le regardiez. Je veux un peu examiner

(...)

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