Utopies et aliénation dans le Gabon post-colonial

Utopies et aliénation dans le Gabon post-colonial
Le Gabon amorce une étape charnière de son histoire pour laquelle
il convient de clarifier la trajectoire nationale. Longtemps considéré
comme l'eldorado africain, le pays a connu des remous du fait de ses
hommes et de l'essoufflement progressif de son économie de rente.
Pourtant, un paradoxe subsiste : le pays regorge de richesses naturelles
dont les populations ne disposent pas équitablement. Un problème
axiologique se pose. Eldorado implique un dysfonctionnement entre
les péripéties d'un mythe national et sa problématicité, c'est-à-dire
sa vocation à engendrer des problèmes. En Amérique latine,
les chroniques de l'eldorado ont alimenté des mensonges conventionnels
au sujet de l'existence d'une source intarissable de richesses aux confins
de la forêt amazonienne. Ce travestissement de la pensée a engendré
de graves conséquences sur le psychisme des populations gabonaises,
où l'anxiété, la jalousie et la peur sont les métastases d'un bovarysme
collectif. À défaut de développement, les sectateurs du système agitent
le spectre du tribalisme et de la xénophobie, pour maintenir le peuple
dans les chaînes de l'ignorance, de la superstition et de la misère,
pendant que les stipendiés de l'oligarchie pratiquent la « politique du
ventre ». Dès lors, l'utopie devient dystopie, et les rêves de bien-être le
lointain mirage d'un paisible eldorado.