Les tombeaux des familles royales de la péninsule Ibérique au Moyen Age

Les tombeaux des familles royales de la péninsule Ibérique au Moyen Age

Les tombeaux des familles royales de la péninsule Ibérique au Moyen Age
Éditeur: Brepols
2009311 pagesISBN 9782503526706
Format: BrochéLangue : Français

Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, il n'est, dans

cet ouvrage, pas tant question des morts que des vivants, des

survivants. Le rôle particulier joué par le souverain dans les

institutions médiévales fait que sa mort échappe à la dimension intime,

familial, pour devenir publique. Dès 1063, elle devient, avec

Ferdinand I<sup>er</sup> de León, l'objet d'une véritable mise en scène sur plusieurs

jours, caractère qu'elle ne perd plus dès lors, du moins dans

les textes, que ce soit pour glorifier le défunt (ainsi de Jacques I<sup>er</sup>

d'Aragon ou, surtout, de la mort chevaleresque entre toutes de son

père Pierre II à la bataille de Muret) ou au contraire pour le décrier

(ce que font les textes castillans évoquant la fuite éperdue de l'aragonais

Alphonse le Batailleur).

Pour les souverains, la mort est aussi une transformation du statut,

un passage vers un autre état, celui à la fois de modèle pour ses

successeurs et de fondement de la légitimité du royaume. L'élection

de sépulture voit ainsi s'affronter deux logiques, celle, commune

à l'ensemble de la noblesse des XI<sup>e</sup>, XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles, de la

famille et de la piété personnelle d'une part, et celle de la légitimité

dynastique et de l'affirmation territoriale de l'autre. Les royaumes de

la péninsule ibérique, aux frontières perpétuellement mobiles entre

le règne de Sanche le Grand et ceux de Ferdinand III en Castille et

León et de Jacques I<sup>er</sup> en Aragon, le reflètent pleinement, succession

de fondation de lieux de sépultures royales et de transfert de celles-ci,

où la présence du corps d'un souverain en un royaume est source

de légitimité pour les souverains, mais aussi de préséance pour un

souverain sur son voisin, et où, au contraire, un souverain ayant failli

aux yeux de sa noblesse ou de son successeur peut, comme Sanche

VII de Navarre, se voir exclu de la nécropole royale.

La péninsule est, aux XI<sup>e</sup> et XII<sup>e</sup> siècles, un lieu d'expérimentation

tant pour l'organisation des sépultures, qui là encore voit s'affronter

logique familiale et logique politique, que pour leur forme, renforcée

par la réticence quasi généralisée des souverains (à l'exception

de Ferdinand II et d'Alphonse IX de León) à la forme du gisant.

Dans l'un et l'autre domaine, ces recherches hispaniques furent

source d'inspiration au XIII<sup>e</sup> siècle pour les dynasties capétienne et

plantagenêt et pour la noblesse qui les entourait, notamment par

le biais des mariages entre les grandes familles de l'un et de l'autre

côté des Pyrénées, occasion, tout particulièrement à la fin du XII<sup>e</sup>

siècle et au début du XIII<sup>e</sup> siècle, d'un resserrement des liens entre

les dynasties de l'Europe occidentale.

En cela, les monuments funéraires des rois de la péninsule ibérique

qu'étudie cet ouvrage sont non seulement des oeuvres d'art d'une

qualité parfois exceptionnelle, mais aussi des témoins privilégiés à la

fois de la nature de la royauté dans la péninsule ibérique et de liens

tissés entre ici-bas et au-delà bien plus complexe que ne le laissent

apparaître les seuls textes théologiques.

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)