Grand angle, hors série, n° 4. Spécial ingénierie touristique : développement touristique : pas de réussite durable sans ingénierie de qualité

Quelles sont les attentes de vos clients
aujourd'hui ?
Elles ont aussi beaucoup évolué. Les collectivités territoriales,
qui constituent la grande majorité des «donneurs d'ordre»
de l'ingénierie touristique (même si plusieurs de nos
adhérents ont une clientèle privée importante), n'ont plus
besoin d'études généralistes, gros pavés reprenant des
chiffres ou des considérations désormais connus de tous.
La demande s'oriente nettement vers l'accompagnement
tout au long d'un projet, de sa conception à sa gestion. Le
cabinet conseil doit sécuriser la décision des élus et leur
servir de référent permanent.
Les missions sont donc plus opérationnelles et nécessitent
souvent des compétences multiples, par exemple en droit,
finance, architecture, paysage, écologie, etc.. Les cabinets
les plus importants intègrent ces spécialistes dans leurs
rangs. Les autres constituent des équipes pluridisciplinaires
en fonction des missions.
La caractéristique de nos métiers de conseil a toujours été
de s'adapter aux besoins. Aujourd'hui, alors que l'argent
public est plus rare, il s'agit d'aller à l'essentiel et d'optimiser
des budgets parcimonieux. Les cabinets conseil savent
le faire et peuvent ajuster leurs prestations. Encore faut-il
que les cahiers des charges en tiennent compte et soient
en adéquation avec les fonds disponibles.
Auriez-vous constaté des difficultés dans ce
domaine ?
Oui, et cela nous inquiète. Les rédacteurs des cahiers des
charges ne semblent pas toujours adapter leurs exigences
à des budgets limités. Souvent, les vrais professionnels
renoncent à répondre à une consultation pour cette raison.
Et comme il y aura toujours des soi-disant bureaux d'études
pour accepter ces conditions, nous craignons une
baisse de la qualité des prestations, voire une paupérisation
de la profession.
Lorsque ces dérives sont trop flagrantes, certains cabinets,
appuyés par le Géfil, attaquent en justice. Ils ont ainsi fait
annuler des marchés attribués à des organismes publics
ou semi-publics à des tarifs non concurrentiels.
Car on voit là un autre danger pour nos professions : celui
de la concurrence de structures recherchant des ressources
pour pallier la diminution de leurs subventions, et dont
la structure de formation des prix ne peut se comparer à
celle des sociétés privées.
En matière d'ingénierie touristique, la priorité doit toujours
être donnée à la création de valeur. Une bonne étude coûte
toujours moins cher qu'un mauvais investissement générant
des déficits structurels d'exploitation.
Le Géfil développe des actions de pédagogie auprès des
commanditaires pour qu'ils préservent la qualité de l'ingénierie
professionnelle. Par ce numéro spécial de Grand
Angle, ODIT France y contribue grandement.
Heureusement, il y a encore des donneurs d'ordre
qui acceptent de rémunérer normalement les
prestations de conseil, de lancer leurs consultations
dans des conditions opérationnelles
satisfaisantes et d'avoir des relations équilibrées
tout au long des missions. Le Géfil, dans
ces cas signalés par ses adhérents, adresse un
courrier de félicitations aux collectivités respectueuses
de ces règles de bon partenariat.
Comment se porte aujourd'hui la profession
de l'ingénierie ?
De manière contrastée. Le marché est plutôt porteur. Le
besoin de conseil et d'expertise est toujours élevé. Mais
cela contraste avec une valorisation insuffisante de nos
prestations. Il paraît difficile de faire comprendre aux donneurs
d'ordres que dans le domaine des prestations intellectuelles,
la sélection essentiellement par les prix, plus ou
moins habillée par un nombre de jours calculés en fonction
du but poursuivi, est fondamentalement contraire à leur
intérêt. Il paraît donc intéressant d'adresser un message
visant une utilisation optimale du code des marchés
publics.
Je vous remercie de nous soutenir dans cette entreprise.
Jean-Michel Grard
Président du Géfil