Antigone : enjeux d'une traduction

Peu de personnages tragiques auront autant fasciné
qu'Antigone, par le combat inexorable qu'elle mène
contre l'arbitraire de la loi. Figure emblématique du
«détournement catégorique» selon Hölderlin ; héroïne
qui réconcilie l'universel de la loi et le particulier de la
famille, pour Hegel ; incarnation du désir pur selon Lacan,
Antigone se prête aussi bien pour ce dernier à représenter
le drame de tout sujet face à l'énigme de son désir. Quelle
meilleure occasion pour interroger le mythe que de revenir
à ses origines, à sa lettre dans le texte de Sophocle, grâce à
la traduction nouvelle qu'en proposent Jean et Mayotte
Bollack en vue de sa représentation théâtrale dans une mise
en scène de Marcel Bozonnet ?
Comparée aux traductions classiques, celle-ci fait
apparaître des distinctions subtiles qui montrent des
différences fondamentales de sens. L'ensemble de ces écarts
révèle une nouvelle dimension psychique de chacun des
personnages de la tragédie et invite à une réinterprétation
du mythe - travail qui, à la croisée des chemins, mobilise
les traducteurs, les psychanalystes et le metteur en scène.