Cours d'analyse mathématique : théorie des fonctions

Mes comptes rendus annuels publiés dans l' Almanach des sciences , quelques exposés et certaines
parties de mes Ouvrages d'enseignement, peuvent renseigner sur mon attitude dans la crise actuelle
des mathématiques. Cette crise, ouverte depuis plus de 50 ans comme le montrent, par exemple, les
Notes terminales de la quatrième édition des Leçons sur la théorie des fonctions de M. Émile Borel
(1950)*, n'intéresse pas seulement les philosophes, elle touche à l'existence même de toute une
partie des mathématiques modernes. Elle prend aujourd'hui l'aspect d'une lutte très vive, entre les
partisans d'une construction axiomatique des notions mathématiques fondamentales et les
mathématiciens qui se qualifient d'intuitionnistes. Les premiers se présentent comme les défenseurs
des mathématiques classiques nées de la géométrie grecque, je suis avec eux, mais je ne suis pas
avec ceux d'entre eux qui rompent délibérément le contact entre les mathématiques abstraites
construites axiomatiquement et les mathématiques pratiques. Je suis d'accord avec M. Émile Borel
lorsqu'il écrit dans l'Ouvrage ci-dessus :
«Si les travaux géométriques de Hilbert sont considérés comme faisant partie de la science
mathématique, c'est en raison des relations étroites entre les choses qu'Hilbert appelle points,
droites et plans et les choses que le vulgaire appelle points, droites et plans.»
Je pense donc d'une part que les notions mathématiques fondamentales ont été conçues à partir
des faits observés, que les idées vulgaires de corps solide, de propagation rectiligne de la lumière,
de lignes droites et de plans réalisés en architecture, ont été les bases des premiers essais des
géomètres ; d'autre part, que la science abstraite des nombres et des formes géométriques qui en est
issue, tire une partie de sa valeur de son aptitude à donner des explications commodes de certains
faits expérimentaux tant que l'on reste dans des limites convenables. L'espace abstrait cartésien est
le support commun des conceptions du mathématicien, du physicien et aussi, dans un champ
restreint, de l'astronome ; chacun d'eux l'utilise à sa façon et je ne crois pas, par exemple, qu'il y
ait identité entre le discontinu précis du géomètre et le discontinu incertain du physicien.
* Reprint Jacques Gabay, 2003