Des pérégrinations du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : Nouvelle-Calédonie, Nuvanut : essai de réactualisation

Que devient le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes à l'heure de la mondialisation
? Reste-t-il ce qu'il était à l'origine ? À supposer qu'il se transforme, quelles en
sont les causes et comment cela se traduit-il dans les formes politiques, les structures de droit
public et au-delà ? Quelle incidence cette évolution aurait-elle sur la décolonisation en général ?
Pour y répondre, la Nouvelle-Calédonie et le Nunavut, deux entités aux apparences et aux
trajectoires différentes, servent de champ d'investigation intéressant, car elles représentent deux
formes ou «modèles» d'exercice du principe (hybride, interne), et deux «utopies concrètes»
où se construisent des solutions originales. Avec une approche comparative, l'étude tente de
montrer que le principe évolue, s'adapte, et qu'après avoir été associé aux nationalités et à la
décolonisation, il doit aussi, de nos jours, prendre en compte les réalités de la mondialisation,
du développement des droits de l'homme et du pluralisme démocratique. Cette évolution est
liée, certes, au contexte actuel, mais aussi à sa propre dynamique et à son rapport dialectique
avec la souveraineté des États.
Après un bref historique, l'étude offre une analyse de l'autodétermination comme facteur de
«restriction» de la souveraineté, avant d'examiner comment elle en reste protectrice, bénéficiaire
et tributaire. Alors qu'on le croyait en lente désuétude, le principe connaît une éclatante fortune
depuis la fin de la guerre froide. Tout en restant un droit de sécession pour les peuples coloniaux,
il tend à devenir aussi un droit identitaire et un droit au partage des pouvoirs. Une nouvelle
conception du principe émerge donc, qualifiée de postmoderne, car elle présente à la fois des
aspects d'anti-modernité (de rupture avec la précédente) et d'hyper-modernité (de continuité).
Elle est à l'origine de nouvelles formes de décolonisation ainsi que de nouvelles entités aux
statuts divers, au point qu'on pourrait dire : «Dis-moi comment tu décolonises ou comment tu
t'autodétermines et je te dirai qui tu es».
L'auteur tente ainsi opportunément d'éclaircir les enjeux d'un principe délicat et d'une
notion qui est au coeur de l'actualité calédonienne et «nunavutienne», et au coeur d'une grande
diversité de représentations.