Camps d'internement en Poitou-Charentes et Vendée : 1939-1948

Il s'agit là du premier inventaire régional des camps d'internement de la
période 1939-1948. Leur ouverture commence en effet avant la guerre, avec
les réfugiés espagnols, et leur fermeture définitive aura lieu quatre ans après la
Libération, une fois réglés les problèmes des prisonniers de guerre allemands.
Sujet encore nouveau pour l'historiographie, sujet délicat pour la mémoire car
jusqu'ici grandement occulté, sujet largement «souterrain» car peu agréable à la
conscience, Jacques Perruchon l'aborde avec le sérieux de l'enquêteur, entre
documents et témoignages, ouvrant ainsi des pistes de réflexion et de recherche
qui, sans nul doute, se révèleront fructueuses à l'avenir ; il l'aborde aussi avec un
regard de profonde humanité sur la détresse de ceux qui, pour quelque raison
que ce soit, furent les hôtes de ces camps, quelquefois confrontés à des débordements
de la part de ceux qui les surveillaient.
L'inventaire administratif des nombreux camps ayant existé en Poitou et dans
les Charentes et les explications sur la réglementation qui les régissait sont une
nécessité ; mais l'essentiel réside sans doute dans ces détails quotidiens qui illustrent
la vie des camps : les rations alimentaires, l'hygiène, le courrier avec l'extérieur,
les relations souvent ambiguës avec les gardiens, les petites combines, les
tentatives d'évasion... Les mêmes camps ont servi à interner successivement des
«indésirables» supposés être des facteurs de trouble, puis des prisonniers de
guerre français, puis des civils anti-allemands et des «marché noir», puis des
collaborateurs et des prisonniers de guerre allemands ; de la même façon,
méthodes et attitudes restent inchangées, d'un vainqueur à l'autre : l'inorganisation
est souvent facteur de souffrance, notamment en matière alimentaire et
sanitaire, les mentalités dominantes sont souvent plus sévères que celles des
responsables en charge des camps et seules quelques voix isolées s'élèvent
contre les abus...
Parce que la guerre y fut plus longue qu'ailleurs, avec les poches de l'Atlantique,
la Charente-Maritime est le département qui a le plus souffert ; c'est aussi
celui qui a été le plus rigoureux - et le plus critiqué - pour son intransigeance
lors de l'épuration qui suit la Libération, mais Angoulême ou Poitiers avec leurs
fameux camps des Alliers ou de la route de Limoges n'ont rien à lui envier ! On
ne pourra plus évoquer cette période de guerre et d'après-guerre en Poitou et en
Charentes sans se référer au livre de Jacques Perruchon.