Généalogie des lieux (1985-1996). Vol. 1. Villa Belle Rose, Biarritz

«Ce qui fascinait l'artiste, dans cette architecture littéralement ouverte,
c'est que les carcasses imposantes faisaient le cadre - l'écrin
labyrinthique et décharné - d'un spectacle vide, un spectacle du vide.
Perchées en haut de la falaise, les trois demeures ne donnaient à voir,
pour qui y pénétrait, que leur propre déréliction architecturale et le plan
frontal d'un ciel mêlé d'océan. Ne voir à travers ces fenêtres sans vitres
que le bleu-vert océan, c'était, dans les propres termes de Pascal Convert,
ne voir qu'un «plan vide», «sans aucun effet de perspective». La trouée du
lieu, étrangement, frontalisait le vide. Il n'y avait à voir qu'un fond, qu'un front
d'azur évoquant, imposant - aussi bien verticalement qu'horizontalement, là
réside une grande part du trouble suscité par cette expérience - la perte à
perte de vue.
Puis, les villas ont été détruites, érasées, écrasées dans le plan de la falaise.
Ne resteront à jamais que des traces - vestiges, fragments prélevés à temps,
images, croquis, notes écrites, souvenirs - témoignant de ces demeures
chues, de cette chute témoignant elle-même, mais muettement, d'une faute ou
d'un drame dont nous ne saurons jamais rien.»
Georges Didi-Huberman