Quelques pages arrachées...

Ces pages arrachées , rédigées dans un désordre apparent, sont
autant de reflets du parcours atypique d'un autodidacte pris dans le tourbillon
de la vie culturelle française d'après-guerre. Peu de temps avant sa
retraite, suite à un grave accident de la route, l'auteur est plongé dans le
coma, puis refait surface. Après ce trauma et des difficultés pour retrouver
l'usage du langage et des mots, le voilà qui s'accroche à une double
bouée : noircir des pages d'écriture afin de regagner ses repères , notant au
passage que «dans le tiroir qui nous sert de mémoire, ne sont pas entassés
seulement les actes marquants, bons et mauvais qui ont jalonné les jours
passés. Pourquoi des insignifiances y ont-elles pris place, elles aussi ?»
C'est ainsi que se déroulent ces pages arrachées , venant s'échouer tels
ces morceaux de bois flotté sur le sable du rivage dans lequel nos pas
d'humains s'enfoncent, déjà prêts à être effacés par la pluie et balayés par
le vent du large. Subsiste aussi cette autre bouée, celle de la discipline du
yoga et du professeur passionné et précieux qu'il continue d'être.
L'évocation du passé n'est ici jamais nostalgique, avant tout vouée à la
franchise et l'honnêteté. Rassemblées laborieusement, ces mêmes pages
arrachées deviennent un livre qui, sans prétention, nous sert une leçon
de vie et d'humilité, évoquant ce qu'a écrit Jean-Jacques Rousseau dans
l'introduction de ses Confessions : «[...] Je veux montrer à mes semblables
un homme dans toute la vérité de la nature [...] et puis qu'un seul te
dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là. »