Sartre, réveille-toi, ils sont devenus mous ! : essai

Que vous soyez d'accord ou non avec Sartre, ses mots vous
sollicitent. Il suffit de le lire pour comprendre la validité et
l'impertinence de sa pensée. De l'ancrage de l'homme dans
son époque à l'exigence d'une liberté fondatrice en passant
par la nécessité de la solidarité. De même, il suffit de lire ses
écrits pour que les discours hâtifs sur ses «erreurs» tombent :
de son anticommunisme ou de sa prétendue adoration des
Soviets, de son apolitisme d'avant-guerre ou de sa situation de
planqué pendant l'Occupation. Sartre mérite d'autres lecteurs.
Sartre était un chercheur. Pas un intellectuel pleurnichard
penché sur le balcon de son époque, jurant que l'utopie peut
défiler sans lui, que le réalisme est de mise. Il prenait des risques
et portait haut la responsabilité de l'intellectuel. Mot après mot, il
tenta d'éclairer les zones d'ombre d'un siècle effroyable, d'en
dénoncer les lumières artificielles, assumant toujours ses
contradictions.
J'aime Sartre pour les questions en suspens qu'il nous a
laissées. Pour ses réponses aussi, que l'on peut bien sûr
contester, mais sans haine. Si «un autre monde est possible»,
c'est avec Sartre qu'on peut l'imaginer, après lui et avec lui.