Nécessité ou contingence : l'aporie de Diodore et les systèmes philosophiques

Les conditions qui rendent possible un acte libre existent-elles dans la
nature et en nous-mêmes ? Y a-t-il nécessité ou contingence ?
Un philosophe grec, du nom de Diodore Kronos, à peu près contemporain
d'Aristote, a formulé une aporie connue sous le nom d' argument
dominateur. C'est un fait que les Anciens ont considéré cette aporie
comme valide. A leurs yeux, elle démontrait l'incompatibilité de plusieurs
principes dont on s'accorde à trouver la présence dans les conditions
d'un acte libre et que le bon sens est porté spontanément à tenir
pour vrais. Réduits à l'essentiel, voici ces principes :
a) Le passé étant irrévocable, seul un événement futur peut être
possible.
b) Un impossible ne peut pas être la conséquence logique d'un
possible.
c) Il y a un possible dont la réalisation n'a jamais lieu, ni dans le
présent, ni dans le futur.
d) Ce qui est est nécessairement pendant qu'il est.
C'est encore un fait, historiquement attesté, que, en réponse à la
question de la nécessité ou de la contingence, les philosophes de l'Antiquité
ont élaboré plusieurs solutions mutuellement exclusives en procédant
comme on fait en mathématiques lorsqu'il s'agit d'accommoder
un système d'axiomes démontré incohérent. Ils ont sacrifié l'un d'eux
pour sauver ceux qui leur paraissaient inattaquables.
La question de fait ainsi résolue - son examen occupe les trois premières
parties du présent ouvrage -, restait à poser la question de droit.
Les philosophies sont des systèmes de pensées, des systèmes d'assertions.
Il fallait donc se demander s'il existe un lot fini d'assertions irréductibles
et telles qu'une philosophie soit à même d'élire l'une d'elles
comme principe. L'examen, auquel on a consacré la dernière partie de
l'ouvrage, montre qu'il en va bien ainsi et la classification des assertions
fondamentales fournit la raison qui rend possible une classification des
systèmes philosophiques.