Le gouvernement asymétrique des migrations : Maroc/Union européenne

Si les migrants qui viennent du Sud de la Méditerranée font la une des journaux, c'est
souvent à l'occasion d'événements où plusieurs centaines de personnes meurent en
mer où tout à coup un «spécialiste» est appelé à donner une explication en quelques
minutes. Le choc des images sans le poids des mots. (...) Le livre rompt avec le sens
commun profane, mais aussi savant, l'un nourrissant l'autre.
Pourquoi le Maroc ne voulait-il pas signer un accord de réadmission avec l'Union
européenne ? La question de recherche est clairement formulée, l'objet circonscrit, le
terrain bien délimité et l'enquête fouillée. Ici, à partir de la question migratoire, il s'agit
de comprendre les rapports Nord-Sud dans un contexte postcolonial, les dynamiques
des négociations internationales en situation d'asymétrie, les atouts de l'Union
européenne et de ses États membres pour établir un rapport de force avec d'autres
pays et ce qui au contraire leur fait défaut. (...)
Le livre de Nora El Qadim est un ouvrage d'utilité publique mais aussi une contribution
majeure à la façon dont les sciences sociales abordent le politique et plus encore
«l'international». (...)
Un des aspects novateurs de l'ouvrage tient à la place accordée dans l'enquête aux
« mid-level bureaucrats » aux négociateurs sectoriels longtemps délaissés par les
études classiques en relations internationales. En puisant dans l'appareil conceptuel et
les outils méthodologiques de la sociologie politique et des études sur l'action publique
comme le fait Nora El Qadim, les relations internationales pluralisent non seulement les
acteurs qu'elles étudient mais aussi les objets qu'elles interrogent.
Ce livre montre de façon exemplaire l'apport de jeunes chercheurs aussi prometteurs
que Nora El Qadim à la compréhension des enjeux contemporains. Elle nous permet de
porter un autre regard sur les politiques migratoires, notamment en matière de contrôle
aux frontières, et sur l'action publique européenne. Elle nous convainc également de
l'importance de travailler sur des objets de politique publique internationale pour
s'affranchir du nationalisme méthodologique.
Virginie Guiraudon