L'assiette des fictions : enquêtes sur l'autoréflexivité romanesque : actes des colloques de Lausanne (mars 2007) et de Leuven (juin 2007)

L'un des champs les plus féconds de la recherche sur le roman d'Ancien-Régime
ces dernières années se déploie dans l'espace d'examen des diverses
manifestations de l'autoréflexivité qui s'y présentent. Beaucoup de ces fictions,
tout en construisant des univers artificiels entre expérience du réel,
investigation des possibles et produits de l'imagination, renvoient au lecteur
une interrogation pluridimensionnelle sur les constituants, le statut, la motivation,
les valeurs poétiques et heuristiques de la fiction elle-même. Plusieurs
travaux récents ont permis de mettre en lumière les procédures de mise en
scène du discours fictionnel : l'examen des apparats péritextuels, l'étude de
la parodie, du recyclage et des réemplois de formes constituées, ont mis au
jour le fonctionnement, en particulier rhétorique, du régime métafictionnel
mis en oeuvre dans un si grand nombre de textes de cette époque. Sans
doute, l'horizon des études possibles dans cette direction est-il encore très
largement ouvert, mais c'est sur une autre dimension du même phénomène
que sont concentrés les travaux réunis ici à la suite d'un double colloque
organisé en 2007 aux Universités de Lausanne et de Leuven, celle de l'auto-réflexivité
romanesque.
La notion même d'autoréflexivité peut prêter à discussion ; plusieurs des
textes réunis dans ce livre rendent d'ailleurs compte des interrogations ou
des malaises qu'elle peut susciter. L'autoréflexivité est comprise ici comme
cette propriété des fictions qui les pousse à refléter, dans le cours même des
histoires qu'elles élaborent et racontent, les éléments qui la constituent
comme fiction, indépendamment des intrigues qui s'y développent. Les questions
que suscite l'autoréflexivité ainsi comprise relèvent alors moins de la
rhétorique et de la discursivité que de la représentation. Aussi s'agit-il, dans
les études réunies ici, d'examiner, dans le corps textuel des fictions, les unités
de sens, plus ou moins élaborées, qui assurent le glissement du niveau
narratif où se constitue et se développe avec vigueur la matière romanesque
vers une plate-forme de lecture distanciée, indépendante du cours de la narration,
où se dessine une représentation de ce corps textuel en tant qu'ancrage
de la fiction.