Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 131. Enseignement supérieur, pouvoirs et mondialisation dans le monde arabe

Plus d'une décennie de réformes universitaires dans le monde
arabe, menées au nom de la «crise de l'enseignement
supérieur» et de la «mondialisation», permet de premiers
bilans. Comme dans d'autres régions du monde, les systèmes
universitaires connaissent des mutations de grande ampleur, résultant
tant des réformes mises en oeuvre par les États que de l'arrivée de
nouveaux acteurs transnationaux. De nouvelles missions leur sont
attribuées. Transmission de savoirs efficaces, production de diplômés
employables, préparation de l'ère post-rentière, arrimage aux normes
internationales, préservation de l'ordre social, préférence nationale
à l'emploi, objectif d'excellence et d'acquisition de références
internationales : ces injonctions sont ambivalentes.
Si la marchandisation de l'enseignement supérieur tend à uniformiser
les modes de «gouvernance», l'adaptation de ces derniers aux
contextes nationaux et politiques singuliers est souvent problématique.
Le présent dossier dresse un bilan contrasté des nouvelles dynamiques
académiques dans le monde arabe. Diversifiant les perspectives
- études de cas ou comparaisons régionales, il traite des questions
suivantes : qui sont les acteurs des réformes universitaires ? Comme
ces réformes sont-elles justifiées et appliquées et avec quelles
conséquences ? Peut-on déceler, à travers elles, de nouvelles formes
d'exercice du pouvoir et de légitimité ? De nouvelles hiérarchies
sociales, régionales et politiques émergent-elles, ou bien assiste-t-on
à la consolidation d'anciennes ?