Dépôt de bilan 2 : journal, 2006-2007

Jean Rivet récidive. Il le dit d'emblée. Il veut écrire jusqu'à ce que
«la mort s'ensuive». Comment lui donner tort, même s'il n'emportera
pas ses mots dans un paradis incertain, pas plus que dans
un enfer douteux ? L'auteur les abandonnera ici dans ce bas
monde qu'il ne cesse de commenter dans son journal. Il avait mis
son feuilleton intime en jachère à la date du 5 juin 1996. Dix ans
plus tard, la plume a repris cet exercice quotidien, couchant sur
le papier ces petits moments aussi indispensables que dérisoires :
une note de lecture ; les nouvelles d'un ami ; une réflexion sur
l'actualité ; l'évocation d'un souvenir ; un coup de gueule. Ce sont
les maillons d'une vie à laquelle on finit par s'attacher.
Jean Rivet ne se ménage pas, pas plus qu'il ne ménage le lecteur,
son double, son frère. Assigné à impuissance par un cancer,
pingre sur son espérance vitale, le bougon lucidement sceptique
sur le self-control de l'humanité, demeure bonhomme. Sa pogne
de grand-père se laisse emprisonner dans les menottes de
Margaux, après celles de Charlotte. Autant d'instants provisoires,
dont la suspension est interrompue par une question pertinente
d'enfant. Le poète est là pour les traduire en textes pesés à la syllabe
près. Ces notes, entassées au jour le jour, sont de cet ordre.
Comme des flotteurs dans l'océan de nos médiocrités.
Xavier Alexandre