Critique, n° 810. Ingouvernables

Ingouvernables
L'art de ne pas se donner de chef, la ruse à l'égard de la puissance, le droit à la fuite ou à l'indifférence, l'exercice résigné du pouvoir : telles sont les pratiques anti-autoritaires que ce dossier explore, à travers quelques-unes de leurs formes historiques les plus remarquables. Dossier dépaysant : s'il interroge les philosophies contemporaines du pouvoir et des contre-pouvoirs, c'est en se tournant résolument vers les travaux originaux que des historiens et des anthropologues ont récemment consacrés à des régions, des périodes et des attitudes politiques qui déplacent nos catégories usuelles. Ainsi des révoltes du Japon médiéval et des « ikki » , coalitions provisoires et inventives. Ainsi des gouvernances porteuses de ferments démocratiques expérimentées
dans les communautés monastiques des XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles. Ainsi du refus de l'État par certaines populations des hauts plateaux de l'Asie du Sud-Est, dont les pratiques dessinent un territoire qui est aussi un concept : la « Zomia ».
Aux articles de Patrick Boucheron, Marielle Macé et Romain Bertrand, qui portent sur ces travaux, s'ajoute un entretien avec James Scott, l'auteur de Zomia , dont le savant travail ne laisse pas de faire appel à notre imagination politique et à notre désir de changer de langues et de concepts pour penser les rapports au pouvoir.