Le temps du sublime : Longin et le paysage poussinien

Quelle place accorder, dans la
peinture de paysage de Nicolas
Poussin, aux tempêtes, déluges,
infortunes tragiques et orages
allégoriques qui perturbent
violement l'ordre de la représentation
«classique» ? Comment
articuler la face solaire et bien
connue de cette peinture faite
d'unité, à la face plus obscure, plus
mouvante et plus méconnue,
du sublime ?
Pourquoi Poussin
inquiète-t-il sciemment la clarté de
ses compositions en prenant le
risque de l'altérer ? Peut-être à
cause de son obstination à vouloir
éprouver, repenser et recréer son
art à partir de ce qui est
le plus susceptible d'en
ébranler les fondements.
C'est ainsi, en recueillant l'héritage
du Traité du sublime de Longin
redécouvert à la fin de la
Renaissance, que Poussin ira
jusqu'à cette radicalité que l'on ne
trouve que chez les grands
artistes. Pour Longin et Poussin en
effet, la composition est sublime
quand elle agence dans l'instabilité
et qu'elle assemble dans le
déséquilibre : quand l'espace de
l'oeuvre possède le mouvement et
le tremblement du temps.