Censures et raisons d'Etat : une histoire de la modernité politique (XVIe-XVIIe siècle)

Expression d'un pouvoir absolu et de son arbitraire,
symbole du sacrifice des individus à l'intérêt commun,
la raison d'État semble toujours assignée au secret et à
l'obscurité des cabinets princiers. Mis à l'Index dès la
fin du XVI<sup>e</sup> siècle, de nombreux écrits lui sont pourtant
consacrés, projetant la notion sur la place publique qui
devient, en retour, l'un des lieux décisifs de son élaboration.
Mais que peut bien apporter à l'État, et à la société
moderne, la publication massive de secrets politiques ?
Née de sa rivalité avec la raison d'Église, entre guerres
de Religion et primat du politique, la raison d'État a des
visages multiples et contradictoires. Cet ouvrage les
déchiffre à travers les diverses pratiques de censure en
usage aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles. Clair-obscur de la modernité
politique, les rapports entre censures et raisons d'État
ne se réduisent pas à la part d'ombre du pouvoir absolu :
ils appartiennent aussi à l'histoire de l'acquisition des
libertés individuelles, à la formation de l'opinion publique
et à la construction des sociétés modernes. À l'encontre
des idées reçues, l'enquête de Laurie Catteeuw montre
que la raison d'État ne fut pas seulement l'instrument
de l'absolutisme, l'enfant du Léviathan, mais que, à sa
genèse, participèrent aussi les opposants à ses pouvoirs,
libertins et auteurs de libelles diffamatoires.
L'histoire contée dans ce livre se passa voici quatre
siècles. Elle est pourtant essentielle à l'intelligence de
notre temps.