Sociétés contemporaines, n° 72. Se distinguer dans les métiers d'ordre

Ce numéro met en évidence la variété des registres de distinction qui font penser et
agir les professionnels de l'ordre. Si, dans ces métiers d'ordre, l'usage de la force
conserve un prestige certain, d'autres critères président au système de classement
indigène entre travail noble et «sale boulot», entre quartiers de noblesse et espaces
de relégation.
Les textes, fondés sur de longues enquêtes empiriques, montrent comment militaires,
policiers, agents de sécurité privée et surveillants de prison s'efforcent d'enchanter
leur univers selon les ressources dont ils disposent. Les stratégies de distinction
occupent une place primordiale dans ces entreprises de promotion : consécrations
officielles ou démonstration d'un savoir spécialisé, mise à distance de la force
physique ou étalage opportun d'une culture cultivée, évitement des «clientèles»
déconsidérées ou repli clanique entre pairs en coulisses... L'espace des stratégies
possibles est vaste, mais jamais infini, car fortement ordonné par l'histoire
institutionnelle et les propriétés sociales des agents.
Les recherches réunies ici s'appuient sur des terrains inédits ou rarement étudiés sous
cet angle : une école d'officiers d'état-major, une brigade de répression du
proxénétisme, des petits services spécialisés de Sécurité publique, des antennes de
Police judiciaire, des entreprises de sécurité privée en Argentine et une comparaison
entre deux univers totalement inversés, celui de policiers d'investigation et celui de
surveillants de prison.
Les modes de classement mobilisés, ou subis, par les professionnels permettront de
mieux comprendre la manière dont ces «métiers d'ordre» «mettent en ordre» leur
univers et justifient leurs pratiques en s'appuyant sur de subtiles échelles de prestige.