La sculpture sous haute tension : de l'Europe à l'Afrique

«Une automobile rugissante est plus belle que la Victoire de
Samothrace» , proclamait en 1909 le Manifeste du Futurisme. Ainsi
mise en mouvement, la sculpture s'est libérée du carcan de la forme et
la statuaire a fait place à des « installations » où défilent des images
vidéo. Mais comment peut-on «sculpter» sans outils ni matériaux, en
travaillant sur les images, le son et l'espace ?
L'empreinte d'un pas sur le sol humide évoque d'abord l'absence
de la personne qui est passée par là. Et la sculpture, depuis toujours,
donne corps à cette absence qui se double d'une présence
«en creux». Pareillement, dans une installation , la profusion des
objets souligne le vide dont se creuse l'espace qu'elle met sous tension.
Et la sculpture se reconnaît précisément dans cette tension qui
oppose le trop-plein des images et des sons à l'absence de toute figure
humaine.
La création plastique en Occident est devenue un art essentiellement
visuel. Or, l'ouïe et le toucher ont leur rôle à jouer dans la
perception de la sculpture - ce dont témoignent ses origines les plus
profondes. Et la sculpture africaine - dans ce qu'elle a de plus
«universel» - se nourrit de cette pluralité sensorielle. La sculpture en
Occident ne devrait-elle pas, une nouvelle fois, suivre son exemple
pour sortir de l'impasse où elle s'est mise ?
Agonie d'une discipline condamnée ou mutation salvatrive ? Si la
sculpture ne va plus de soi, la tension sculpturale est toujours là. Mais
comment s'inscrit-elle dans le monde d'aujourd'hui ?
L'auteur confronte sa pratique de la création plastique avec l'expérience
qu'il a du continent africain où il travaille depuis 30 ans.