Kabbale

Depuis l'aube du Moyen Âge, la Kabbale désigne la
«tradition ésotérique» juive. D'après ses propres sources,
elle fut révélée à Moïse, transmise aux «soixante-dix
sages» d'Israël, puis, «de bouche à oreille», à l'élite des
«maîtres de la Torah». Elle éclôt au grand jour en Rhénanie,
en Languedoc et en Catalogne, à la cheville des XII<sup>e</sup>
et XIII<sup>e</sup> siècles, avec Éléazar de Worms, Isaac l'Aveugle,
Nahmanide, Abraham Aboulafia, Moïse de León... Le
Sepher ha-Yetsirah , le Sepher ha-Bahir et l'immense Zohar
(La Splendeur) en constituent alors le fonds scripturaire.
L'«Expulsion» des juifs d'Espagne (1489) entraîne l'essaimage
de nouveaux foyers en Afrique du Nord, en Terre
Sainte et en Italie. Isaac Louria, puis les pieux hassid , en
Pologne et en Ukraine, inspireront une Kabbale «extatique»
et «messianique», très influente sur toute la pensée
juive ultérieure. Il se développera, parallèlement, une
«kabbale chrétienne», florissante aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles,
avec l'Italien Pic de la Mirandole, l'Allemand Jean Reuchlin,
le Français Guillaume Postel, l'Anglais Robert
Fludd...
Ce B.A._BA de la Kabbale montre qu'il s'agit
aussi bien d'une «théosophie» que d'une «théurgie».
Son objet est le «Mystère de la métamorphose de l'être
individuel en l'être universel de l'homme» (Léo Shaya).
Elle est, pour l'âme, la voie royale de la «conjonction»
divine. Ce que montre l'«Arbre» ou le «Candélabre» des
dix Sephiroth : Image de Dieu et de l'homme, «réalisable»
par macération de l'Écriture sainte et scrutation de
son intimité mystérieuse.
À tendances dévotionnelle, mystique ou philosophique,
la «vraie Kabbale» est bien différente d'un certain «kabbalisme»
en vogue aujourd'hui. Il serait vain de s'y aventurer
sans une connaissance suffisante de la Bible (Torah)
et de la langue hébraïque de la révélation, sans attaches
religieuses ni guide éclairé... Juda Halévi avertit : «La
Kabbale n'est bonne qu'avec un coeur bon»... un coeur
suffisamment détaché du monde et épris d'Absolu.