Vous êtes naïve, Madame le juge : prison, délinquance, récidive... ces mots qui font peur

«Vous êtes naïve, Madame le Juge !» Voilà comment un commissaire
de police a apostrophé, à ses débuts, Isabelle Rome, coupable selon lui
d'avoir accordé trop légèrement une liberté conditionnelle. Alors jeune
juge d'application des peines (JAP), elle continuera pourtant de regarder
les criminels comme des êtres humains.
Son témoignage est une véritable immersion dans le quotidien d'un juge.
On a rarement eu accès, en effet, au face-à-face intime d'un magistrat avec
détenus et victimes. Isabelle Rome évoque même les doutes qui l'ont
parfois habitée lors de ces rencontres. Ici le meurtrier d'une jeune femme,
là un enfant violenté le jour de Noël. Ou encore le criminel nazi Klaus
Barbie en prison VIP, qui voulait une grâce médicale, et le terroriste
longtemps recherché par toutes les polices du monde, Khaled Kelkal...
En fait, toute la question du sens que la société veut donner à la sanction
se trouve au coeur de ce récit, ainsi que le souligne Boris Cyrulnik dans
sa Préface : «Que ressent un juge quand il doit juger une mère infanticide
qui a tué un enfant du même âge que le sien ?»
Isabelle Rome ne manie pas la langue de bois. Punir autrement qu'en
incarcérant systématiquement, continuer de traiter les mineurs comme des
enfants même s'ils ont commis un délit : autant de pistes de réflexion
qu'elle propose, au moment où reviennent en discussion les réformes
judiciaires engagées sous Nicolas Sarkozy.