Pline le Jeune : esclaves et affranchis à Rome

L'oeuvre de Pline le Jeune, mort en 113 de notre ère, est
constituée d'une abondante correspondance (9 livres)
essentiellement avec des membres des cercles aristocratiques
romains et italiens, mais aussi d'un livre de lettres
adressées à l'empereur Trajan, ainsi que d'un panégyrique
de ce même princeps. Corpus relativement homogène, et peut-être de
circonstance, par son contenu et par sa chronologie, la production épistolaire
de Pline répond au souci personnel de marquer son époque par la publication
de ses écrits en s'inscrivant dans une tradition intellectuelle et dans une
ambiance référentielle qui est celle de l' opus cicéronien. Les critiques qui ont
été portées contre cette «imitation» n'enlèvent rien à l'intérêt majeur que
représente cette oeuvre pour la compréhension des relations sociales,
politiques et culturelles du renouveau que marque le principat de Trajan.
Dans cette optique le Panégyrique de Trajan met en perspective l'attitude
d'une partie de l'aristocratie romaine, compromise par le principat de
Domitien. La volonté de glorifier le nouveau régime conduit Pline à choisir,
parmi les thèmes centraux de sa construction rhétorique, le thème de la
dépendance et de l'asservissement pour se dédouaner peut-être d'une
carrière trop facilement effectuée sous le principat de l'«Auguste ridicule».
Elément essentiel de la société romaine, l'esclavage est bien entendu
présent dans l'oeuvre de Pline le Jeune. Cependant, sa correspondance, en
opposition à la rhétorique du Panégyrique , fait apparaître un Pline tolérant
pour ses esclaves, confiant envers ses affranchis. L' humanitas du maître
privé ne doit pas pour autant se substituer à l' auctoritas du maître public,
l'empereur, dans le maintien des clivages juridiques. De ce point de vue,
le Panégyrique de Trajan célèbre le retour à la tradition et au respect
des hiérarchies. Marquée par l'évolution des moeurs aristocratiques, l'oeuvre
de Pline le Jeune n'en traduit pas moins l'ambivalence et les atermoiements.