Le chant de l'ardent désir

Diffuse dans l'oeuvre d'Ibn `Arabî, le grand soufi andalou, c'est
sans doute dans ce recueil que la poésie, profonde et raffinée à la
fois, trouve sa forme cristalline la plus pure. Issue, lors d'une
retraite spirituelle à La Mecque (598/1202), d'une rencontre
temporelle avec celle qui en sera l'inspiratrice - Nizâm -, l'expression
poétique ici tend d'emblée vers l'intemporel. Grâce à la
transfiguration, la présence divine est immédiatement saisie dans
la présence de la Bien-Aimée, alors que la poésie se déploie à travers
des images où, miraculeusement, se concilient le visionnaire
et le visuel. C'est cette vision où la passion, mue par la beauté,
déchire et apaise en même temps, que cette première traduction
en français restitue, en rendant à la poésie d'Ibn `Arabî sa vertu
d'être, comme toute poésie du sublime, un acte unique.