14 : le chant de ma terre

Avec ce travail poétique, François Busier-Rouge nous amène peu à peu
au ressenti de la guerre 14-18 en nous racontant les hommes et leur désespérance.
La cruauté de la guerre est présente dans ces vers qui lancent comme
des salves douces pour toucher le coeur, nous frapper d'émotion.
Beaucoup de poèmes ont été écrits dans les tranchées et sur les tranchées,
mais ce que nous propose ici l'auteur est un hymne à la mémoire
de cette guerre dont les mots posés avec précision agissent en nous tels des
frémissements.
Il provoque des images où le sang et la terre se mêlent dans la symphonie
d'une guerre faite du silence des sans grades qui meurent pour la France au
prix d'un sacrifice par oubli de soi.
La guerre est partout, jusque dans le silence des absents, dans l'inaudible,
dans le souvenir, et même la renaissance des corps disparus. Tout est dit dans
ces textes où fuir, mourir et revenir s'assemblent comme pour se conjuguer
en un unique verbe pour résonner à nouveau et remonter de l'inconscient.
Avec une écriture poétique qui fait sens, François Busier-Rouge possède
aussi ce don d'exprimer les sensations pour nous dire l'inexprimable. La
poésie, ici, fait oeuvre de mémoire et c'est en cela que ce livre marque les
esprits.
«Il y a un siècle, à la mesure de son immense inhumanité, cette
guerre engendra un trauma qui se grava dans les êtres et les
lieux, et bien au-delà des paysages de ce coin de France égarée,
en une profondeur qui dépassa même l'infini des coeurs. Là, le
ciel remua tant ma terre que les esprits en furent dévastés et les
hommes martyrisés, jusqu'au chaos de leurs corps.»