Poétiques de la voix : Angleterre, Irlande, Etats-Unis

La voix énonce un paradoxe : signe in absentia,
elle est une fiction de présence, signe d'un
corps qui a été, et qui fait retour. En ce
qu'elle est à la fois expression et travestissement de
l'intimité, émanation de l'intérieur et manifestation
au monde extérieur, la voix est pour ainsi dire
théâtrale par définition. Instrument de la médiation,
elle est d'abord passage, interface, limite entre
les sphères du dedans et du dehors, expression et
communication, et se définit contrastivement.
Instrument de l'expression individuelle parce que
son timbre est unique, elle est signature aérienne,
moyen de reconnaissance subtil. Travaillée, elle
est éloquence, conviction, persuasion, et même
charme. Mais qu'elle soit chant ou parole, la voix
est par excellence l'aporie de l'incarnation : elle
est et n'est pas. Résidu de présence dans le texte,
elle est spectre, substitution, absence ou distance.
C'est dire que plusieurs types de ventriloquie et de
prosopopée sont considérés dans les douze études
qui composent ce livre.