La famille Carpriaux-Barbier : en marge de la catastrophe de Courrières du 10 mars 1906 : Méricourt-Sallaumines

La famille Carpriaux-Barbier
En marge de la Catastrophe de Courrières
Samedi 10 mars 1906.
Les hommes viennent de descendre, il est 6h 30 passé, le jour pointe. C'est alors qu'on entendit un grondement « pire que l'orage » venu d'en-bas. Le sol trembla sous les pieds. Un éclair, comme une boule de feu, s'échappa du haut du chevalement et illumina le ciel. Une épaisse fumée cendreuse obscurcit le carreau et se répandit sur les corons. La mort s'installait lentement, durablement. En quelques minutes disparaissaient 1 103 mineurs, tués, asphyxiés, carbonisés, écrasés, noyés...
Pendant longtemps le 10 mars fut pour notre famille et pour beaucoup de familles de Méricourt, Sallaumines, Billy-Montigny, Fouquières-lez-Lens et d'ailleurs un jour de deuil. Il reste présent comme le souvenir d'un immense chagrin. Ce mois de mars s'annonçait pourtant bien pour les Carpriaux, une naissance avait eu lieu et le baptême était prévu dimanche 11 mars. Toute la famille serait réunie autour d'un bon repas, racontant les mêmes histoires, entonnant les mêmes chansons pour un baptême inoubliable.
Les préparatifs allaient bon train ; il fut même décidé que les hommes descendraient tous le matin du 10 pour aller ensemble chez le coiffeur l'après-midi. La fatalité eut la main lourde, cinq tués, une suicidée, un enfant mort en bas-âge, quatorze orphelins : un immense chagrin. La catastrophe était entrée dans la famille Carpriaux.
Pendant des années la grand-mère Palmyre la raconta inlassablement à ses enfants et petits-enfants. Cela se passait après le dîner, on faisait silence, je me souviens. Puis Simone « la petite dernière » prit la succession. Pour le centenaire de la catastrophe, pour ses 87 ans, elle a voulu transmettre notre histoire, une histoire enchevêtrée de la catastrophe et de la famille.