Salut à la Russie

Et voici une papesse, cette déléguée
des syndicats russes venue à Londres,
une bonne grosse au nez camus, aux
pommettes saillantes, aux petits yeux
bridés, aux vêtements démodés. (Ils ont
souvent, dans les vêtements, ce suranné
d'un peuple sans contact avec le dehors
depuis l'autre guerre.) Cette déléguée parle
avec une conviction ridicule, très grande
et très sainte. Consciente de la majestueuse
force qu'elle représente ici, cette bonne
grosse rigole fort peu. Elle clame des
pauvretés que sa conviction enrichit et lustre.
Elle ne se préoccupe pas de plaire
ou de prouver qu'elle est intelligente.
Ce qu'elle annonce est plus grand qu'elle.
Comme les prophètes, elle se répète et
rabâche. Ce que cette Russe annonce, c'est
aussi toujours la même chose et c'est soudain
si neuf et si bouleversant que je n'ai plus
derrière les yeux ce sourire d'ironie que je
déteste. Et mon admirable bonne femme
finit en disant que Hitler est condamné
à mort par la Russie.