Les troubles du langage chez les aliénés

«Il n'est possible d'entrer en communication avec le malade que par un
seul procédé qui est le langage sous ses différents modes, et, chez l'aliéné
comme chez l'homme sain, ce sera toujours par l'intermédiaire du langage,
parole, écriture, gestes, que se traduiront au dehors les modifications de la
pensée et les différentes émotions».
Mais le langage, en tant que corps et expression de la pensée ou
médium de la communication, connaît de nombreuses altérations. Séglas
va donc décrire des plus minutieusement les troubles de la « fonction
langage » dans ses différentes modalités. Au coeur de l'ouvrage, à la
section des «dysphasies» fonctionnelles, se trouve ce qui fera du livre un
grand classique de la psychiatrie : une description novatrice des
hallucinations verbales . Contrastant avec les phénomènes
psychosensoriels des voix «entendues», les hallucinations dites
jusqu'alors «psychiques» s'avèrent relever du langage intérieur ; elles
sont rapportées à leur source psychomotrice d'«images d'articulation
verbales». Elles témoignent d'une «hyperendophasie» correspondant à
« une pensée verbale détachée du moi, un fait pourrait-on dire
d'aliénation du langage ».
Si l'auteur révisera ultérieurement ses perspectives
psychopathologiques, le présent ouvrage n'en forme pas moins le jalon
central, incontournable, d'une recherche qui influencera tant un Henri Ey
qu'un Jacques Lacan. Et l'exposé raffiné et soigneux que Séglas nous
offre ici n'a nullement perdu de son intérêt au vu de la richesse
sémiologique de ses observations cliniques.