Retour à l'Ouest : chroniques (juin 1936-mai 1940)

En un quart de siècle, l'Européen d'aujourd'hui a vu la guerre
mondiale, des révolutions victorieuses, des révolutions vaincues,
une révolution dégénérée, les fascismes, la crise économique,
le réveil de l'Asie, de nouvelles guerres coloniales... On
comprend qu'il soit las et inquiet. On se souvient qu'il a beaucoup
écopé dans tout ceci. Et pourtant, on voudrait lui crier que ce
crépuscule d'un monde a besoin de lui, besoin de chacun de
nous ; que plus les heures sont noires et plus il faut de fermeté
à considérer les choses en face, à les nommer par leurs noms,
à accomplir malgré tout le simple devoir humain.
Le nouveau Moyen Âge, où nous plongent les soubresauts du
capitalisme finissant, nous impose la plus grande lucidité, le
plus grand courage, la solidarité la plus agissante. Aucun péril,
aucune amertume ne justifient le désespoir - car la vie continue
et elle aura le dernier mot. Aucune évasion véritable n'est
possible, sauf celle de la vaillance.