L'ornement en série : architecture, terre cuite et carton-pierre

La mécanisation des arts est un vieux rêve que poursuivent artistes et
artisans depuis la Renaissance. Mais ce n'est qu'au tournant du XIX<sup>e</sup>
siècle qu'il s'accomplit, au point de concurrencer et menacer la
production artisanale et artistique. Céramique, carton-pierre, ciment,
fonte, zinc, et tant d'autres matières, sont inventées, ré-inventées,
perfectionnées, pour former des éléments de façade et des ornements
prêt-à-poser.
Cette standardisation est plus précoce qu'on ne le croit. Elle n'apparaît
pas avec le «Mouvement moderne» et n'est pas davantage liée au
développement de matériaux «nouveaux» tels que le fer, la fonte ou
le béton armé. Elle est déjà à l'oeuvre en Angleterre dans la deuxième
moitié du XVIII<sup>e</sup> siècle, et en France sous le Premier Empire.
Centré sur le premier XIX<sup>e</sup> siècle, cet ouvrage tente d'éclairer ce
phénomène à travers le cas des ornements en carton-pierre, puis des
terres cuites produites dans la région toulousaine. Il montre comment,
en dépit de leurs formes empruntées au répertoire classique, les
premiers éléments de série constituent des matériaux nouveaux, qui
modifient le travail de conception et la pratique du chantier, mais aussi
la hiérarchie entre architecture monumentale et architecture courante.
Dans cette perspective, les catalogues commerciaux qui accompagnent
la production de masse, et s'imposent à ceux qui conçoivent, comme
à ceux qui réalisent, apparaissent comme des outils déterminants au
statut ambigu.
Cette enquête sur l' ornement en série révèle l'implication active des
architectes et des sculpteurs dans l'invention technique, la production
mécanique et le commerce : une variété d'acteurs et de démarches qui
montre la diversité des pratiques de l'architecture au début de la
période contemporaine.