Le plaisir gastronomique au cinéma

«Le plaisir gastronomique au cinéma» met en évidence la naissance
d'un genre cinématographique de fiction : les films à caractère gastronomique,
et comptant comme fleurons : Le Festin de Babette, Le Chocolat,
Les Mille et une recettes du cuisinier amoureux ou Le Cuisinier, le voleur, sa
femme et son amant. Vincent Chenille s'interroge sur l'apparition quasi
simultanée de ces films, à travers une analyse du langage fondée sur de
nombreux exemples. Comment le cinéma est-il soudain devenu un média
concernant le goût culinaire alors qu'il s'agit d'un média important pour
la vue, l'ouïe, mais est impropre à «toucher» directement les papilles des
spectateurs ?
L'ouvrage de Vincent Chenille est de ceux qui donnent des démangeaisons
dédoublées : pépie d'images dans les pupilles, faim de mets dans les papilles.
Ainsi s'harmonisent l'oeil et la bouche, le visible et le consommable, le cru et
le cuit, le yin et le yang, ce qui se mire et ce qui se mange, se caresse du regard
et s'émeut par la langue. Il fut un temps où le rideau rouge s'ouvrait sur un
écran blanc, scintillant comme une nappe. Aujourd'hui, c'est un livre que l'on
ouvre, pour voir défiler scènes et cènes. Honnis soient qui mal en pansent.
Jean-Luc Douin