Votre esclave, madame...

«Vers le centre-ville, on avait déjà commencé à remplacer les
immeubles détruits par des jardins pleins de promesses. Dans
les allées de gravillons s'aventuraient quelques promeneurs
distingués, qui tenaient en laisse, non, ce n'était pas possible, qui
tenaient en laisse, non pas un chien, mais... à bien y regarder...
un homme ou une femme... un homme ou une femme en
harnais. Will, dont le coeur s'emballa, détourna les yeux, parce
qu'il refusait de les croire. Il devait avoir la berlue ! Après
s'être pincé, il éprouva le besoin de regarder à nouveau et dut se
rendre à l'évidence. Il n'avait pas rêvé. Il n'était victime ni d'un
mirage ni d'une hallucination. L'ampleur du décor éliminait
l'hypothèse du tournage d'un film sado/maso, bien que ce fût
une tendance à la mode quand il avait quitté la France. Non,
Will voyait bel et bien des gens qui en promenaient d'autres en
laisse. Il eut même le temps de remarquer un homme qui tirait
sur le harnais d'une femme, pour ralentir son pas, puis l'attrapait
par le collier pour rapprocher son visage et l'embrasser avec
voracité.»
Au retour d'un long séjour au coeur de l'Afrique, Will
découvre que le pays est tombé entre les mains de Dexus, le plus
humaniste des dictateurs. Fini les difficiles recherches d'emploi,
l'âpreté de la concurrence et la cruauté du marché. Seuls
dix pour cent des Français sont volontaires pour travailler et
suffisent à faire tourner la machine économique ; les autres se
contentent de rendre quelques services à autrui, en fonction des
tests qu'ils ont subis. Le reste de leur temps est consacré aux
loisirs et au plaisir. Car la société est devenue une grande
mutuelle, destinée à satisfaire l'ensemble des besoins de chacun,
y compris les désirs sexuels.