Barcelone, paysage d'ombres : théâtre. La machine à parler : théâtre

Il est des lieux où les apparences supplantent si effrontément la réalité que
le faux finit par s'imposer au vrai. Barcelone est de ces lieux-là, de ces
villes-décors, temples d'une postmodernité rutilante, pasteurisée, résolument
"cosmopolite". Mais que recèle cette image idyllique et rassurante ?
Lluïsa Cunillé nous le montre dans Barcelone, ville d'ombres.
Si la pièce s'ancre indéniablement dans la capitale catalane, elle se déroule
presque exclusivement dans le huis-clos d'un appartement. Un vieux couple
demande à ses différents locataires de quitter les lieux pour se retrouver
seuls les derniers mois qu'ils leur restent à vivre ensemble. Les rencontres
au sein de cette petite communauté d'individus deviennent une
source inattendue de confessions intimes, tour à tour tragiques et
comiques, dans cette étude de l'isolement, du désir et de la rédemption.
Ainsi, derrière le grand spectacle postmoderne de la cité idéale, Lluïsa
Cunillé découvre un paysage d'ombres, une cartographie intérieure de
l'individu contemporain, où affleurent les cicatrices, les fêlures et autres
stigmates insoupçonnés. Comme si, dans le monde du trompe-l'oeil, il
fallait nécessairement le détour du théâtre pour atteindre la réalité des
choses. Laurent Gallardo
À mi-chemin entre Les temps modernes de Charlie Chaplin et En attendant
Godot de Beckett, La machine à parler est une tragi-comédie grinçante sur
les rapports de pouvoir, de dépendance et d'amour entre les êtres.
L'action, nous dit-on, a lieu dans un futur proche, sorte de projection exacerbée
de notre propre réalité. Dans ce monde-là, les êtres se vendent,
s'achètent, puis se jettent. Comme, par exemple, Valeria, la machine à
parler, que Monsieur Bruno a acquis chèrement pour qu'elle lui prodigue
des conseils. Car Monsieur Bruno n'a qu'une obsession : devenir un jour
directeur régional de son entreprise. Mais rien n'y fait, alors, pour passer
le temps, il s'offre un nouvel esclave, made in Koweït, un «chien qui
donne du plaisir» aux multiples fonctionnalités érotiques. Entre ces trois
personnages se tisse une relation cruelle et romantique, où la condition
humaine, portée à ses limites, nous apparaît dans toute sa beauté. L.G.