Le centre de la France

Le 14 juillet 1989, quelques mois après la mort d'une femme de 70 ans, le hérosnarrateur
quinquagénaire se remémore sa «première liaison». À travers les circonstances
originales de celle-ci, il touche à une étrange essence, celle de la mémoire, du temps
et du «sexe», mot qui alors, dans les années 1950, n'avait pas le sens absolu qu'il rayonne
aujourd'hui. Pourtant c'est un absolu que le narrateur reconstitue, paradoxalement, à
l'aide de fragments caractéristiques du monde relatif qu'est notre histoire. Son enquête
sur son apprentissage de l'érotisme et du conflit consistera donc à ne pas combler les
lacunes de l'oubli - tout aussi surprenantes que la précision des multiples réminiscences -
mais à saisir l'être passé tel qu'il est, lacunaire, et le portrait de femme qu'il peint a
une vérité d'autant plus troublante qu'il contient toutes les ombres.
Ne se contentant pas de renouveler les images attachées à l'excitation sexuelle en les
mettant à nu, il vise plus profondément l'exceptionnel plaisir de la pénétration et du
travelling de l'épiderme, du lisse et du substantiel, du temps allongé par sa concentration.
Ces bonheurs, émotions, extases se dessinent fugitivement sur la muraille de l'interdit
et de la répression, lesquels relèvent eux aussi du plaisir - pervers - dans le monde de
la petite-bourgeoisie intellectuelle et du spectacle.
En effet, cette chronique unit la crudité et la cruauté, le récit intime et le roman de
moeurs, quand, sur fond de guerres d'Indochine et d'Algérie, la «fabuleuse croissance»
accélère les ascensions sociales.