Cinéma et philosophie

En exposant le mythe de la caverne, Platon prépare, sans le savoir, un
rapprochement entre cinéma et philosophie que Godard formulera de façon
impérative : «Je pense, donc le cinéma existe». Pourtant, le cinéaste fabrique des
images et des sons bien matériels quand le philosophe manie des concepts invisibles
et abstraits. Et lorsque le cinéma naît à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, il est considéré comme
un divertissement populaire et les philosophes ne se précipitent guère sur son
berceau. Comment ces deux domaines hétérogènes, jeune art du mouvement d'un
côté, connaissance conceptuelle ancestrale de l'autre, ont-ils fini par se rencontrer ?
C'est ce que Juliette Cerf nous raconte à la manière d'une «comédie du
remariage», chère à Stanley Cavell. Passé le temps des désaccords, vient celui
du réaccord. André Bazin, philosophe «d'occasion» selon le mot de Jacques
Rancière, pose la question de l'essence du cinéma. Au temps de la cinéphilie,
Godard, Rivette, Rohmer, Douchet, Daney convoquent Platon, Kierkegaard ou
Merleau-Ponty au chevet des «auteurs», Rossellini, Lang, Hawks ou Hitchcock.
La philosophie investit désormais le cinéma, Deleuze, renouant avec Bergson, crée
le concept de l'image-temps, et Matrix est évalué à l'aune de la pensée grecque.
Cet ouvrage révèle des rapports passionnés et souvent surprenants entre Sartre et
John Huston, Heidegger et Resnais, Slavoj Zizek et John Woo... Sans oublier les
débats de «cinéphilo», qui ont pris place aujourd'hui dans ces cavernes modernes
que sont aussi bien salles d'Art et d'Essai que multiplexes.