Révolution et mathématiques. Vol. 2

Capitaine au Corps Royal du Génie, membre du Comité de
Salut Public, organisateur de la victoire, conventionnel régicide
mort en exil : tel se dresse Lazare Carnot dans l'histoire - celle
de Mallet-Isaac et du petit dictionnaire Larousse - La réalité fut
singulièrement plus fluctuante.
Amant passionné des Lumières, emprisonné par lettre de
cachet à la veille de la prise de la Bastille ; mathématicien éminent
calculant l'énergie et poète érotique poussant sous le
"rasoir national" - la guillotine - Louis XVI et les Girondins, Hébert
et Danton, Camille Desmoulins et sa tendre Lucile, Robespierre
et Saint-Just, Babeuf et le premier communisme ; père des quatorze
armées de la République selon Stendhal et Hugo, "roi de la
guerre" selon Michelet ; deux fois membre du souverain collectif
de la France : le Comité de Salut Public et le Directoire Exécutif ;
deux fois ministre de Napoléon Bonaparte : à l'aurore consulaire
pour la victoire de Marengo, au crépuscule impérial pour la
débâcle de Waterloo ; deux fois proscrit de la terre de France :
par le Directeur Barras pour royalisme, par la Terreur blanche
pour terrorisme et bonapartisme ; issu d'une lignée de robins
bourguignons et fondateur d'une dynastie bourgeoise d'hommes
politiques et de savants républicains : son fils Sadi créa la
thermodynamique ; décédé en Prusse et transféré soixante-cinq
ans plus tard au Panthéon lors de la commémoration du centenaire
de la Révolution son petit-fils étant président de la République.
Tel fut le destin de celui que, pour sa défense du sol de la
patrie, célébra le civisme républicain : "le Grand Carnot".