Délicieux supplices : érotisme et cruauté en Occident

Du laboratoire sexuel de la Renaissance au libertinage des Lumières
s'affirme en Occident l'exaltation de l'érotisme cruel. Des martyres
soumises aux bourrelles sadiques, des dieux punis à la promotion
de la fessée s'articule toute une grammaire discursive et visuelle de la douleur
extatique. La modernité hérite de cette fascination pour les
supplices exquis, la démultipliant dans la sadomanie fin de
siècle. Accompagnant les différentes révolutions sexuelles
qui se succèdent, des Années folles aux années 1960,
l'obsession de l'érotisme cruel triomphe
autant dans la culture des élites
que dans les différents produits
pop. La mutation de la sexualité
post-moderne induit à son tour
une progressive banalisation des
délicieux supplices et l'on passe
en quelques décennies de la
période hot des sixties au SM chic
et cool des petites annonces et des
backrooms leather , à la fois si proches et
si éloignés de la sacralité primitive d'un
Nietzsche ou d'un Bataille. Spécialisées
et décomplexées, les sous-cultures
pornographiques actuelles sont ainsi
une manière d'aboutissement de la complicité
millénaire qui unit Éros et Thanatos.