Recherches sur la philosophie et le langage, n° 28. Histoires et définitions de la philosophie sociale

Cet ouvrage collectif s'inscrit dans le contexte de la récente
apparition, en Allemagne et en France notamment, de programmes
de recherches en philosophie qui revendiquent explicitement une
appartenance au domaine de la «philosophie sociale». Il s'agit ici
de préciser le ou les sens de cette appellation, et même d'abord
d'en vérifier la simple pertinence. Quelle(s) définition(s) de la
philosophie sociale est-il possible de donner, comment comprendre
les rapports qu'entretient la philosophie sociale avec la philosophie
politique ? Le domaine de la philosophie sociale peut-il être
délimité par des principes, des méthodes ou des objectifs
communs ? Autant d'interrogations qui n'ont aucune chance de
trouver une réponse sans une enquête historique élaborant la
question de savoir s'il est possible ou non de reconstituer une ou
plusieurs traditions de philosophie sociale. Au total, il semble
qu'on puisse considérer que la philosophie sociale désigne un
ensemble de positions théoriques au demeurant diverses et variées,
dont le point commun est de se présenter comme des alternatives
aussi bien à la philosophie politique libérale rawlsienne qu'à ses
adversaires républicanistes ou communautariens : la philosophie
sociale veut être normative mais sans oublier d'être descriptive,
elle ne conçoit pas les individus indépendamment de leurs rapports
sociaux, et elle est critique à l'égard de rapports sociaux qui
empêchent l'épanouissement des individus. Aussi la philosophie
sociale peut-elle désigner la tentative de surmonter quelques-unes
des oppositions majeures (individu et société, faits et normes,
genèse et légitimité, etc.) auxquelles la pensée politique est souvent
tentée de s'en tenir par commodité ou par habitude.