Au gré des regs contondants

C'est du reste cette réflexion sur le silence qui le conduit peu à peu à l'écriture
de Au gré des regs contondants . Concernant ce recueil, voici ce qu'il écrit lui-même
:
«Au fur et à mesure de l'écriture éprouvante de Au gré des regs qui m'a pris des
mois, j'ai eu envie de parler de cette expérience impossible dont parle Blanchot :
l'effondrement du monde, l'ouverture de l'abîme, l'épreuve insondable de la
dépossession, de l'extrême souffrance où tout sens semble suspendu. L'ennui, le
silence, la nuit de l'âme et du corps au plus fort du gisant, l'épaisseur du non-sens,
l'appel du vide (...). Falaises, béances de l'être.
Des images sont alors remontées à la surface : des images minérales d'abord,
venues de mes pérégrinations autour du monde : des images de déserts, de regs,
d'ergs, de plateaux désolés, de routes crevassées (...). Un livre de voyage donc, où
les pierres, les roches, sont essentielles ; un voyage dans l'espace mais aussi dans
le temps, à mon insu : les cris du passé sont apparus comme par décantation, les
cris de la Shoah, les cris de celui qui souffre sans comprendre, les guerres, tous
ces regs contondants qui finissent par former la peau du monde.»
Ce que nous apprécions, chez Olivier Verdun, outre sa maîtrise de la langue
poétique, c'est sa parfaite sincérité, chose de plus en plus rare dans le monde
actuel de la littérature où l'ego et le besoin de faire valoir, le désir d'originalité à
tout prix, de donner peu ou prou dans des modes parfois douteuses, l'emportent de
plus en plus sur une démarche littéraire authentique et l'aspiration à une ascèse de
l'écriture. Ce n'est fort heureusement pas cet air-là que respire Olivier Verdun dont
les vers ressemblent à des esquilles prélevées sur l'os vivant (G. Bocholier) et
ceux et celles qui ont véritablement connu la souffrance à un titre ou à un autre
reconnaîtront inévitablement dans ses textes une part d'eux-mêmes.