L'affreuse doctrine : matérialisme et crise des moeurs au temps de Diderot

L'affreuse doctrine : matérialisme et crise des moeurs au temps de Diderot

L'affreuse doctrine : matérialisme et crise des moeurs au temps de Diderot
Éditeur: Kimé
2014456 pagesISBN 9782841746576
Format: BrochéLangue : Français

Notre époque croit à l'opinion publique, au libre arbitre, et à l'existence d'une relation

de causalité entre les représentations et les comportements ; mais elle admet

aussi l'inconséquence des individus. Ces façons d'envisager le rapport entre les

croyances et les conduites doivent beaucoup aux débats du XVIII<sup>e</sup> siècle sur les effets

supposés des ouvrages philosophiques. À cet égard, le cas du matérialisme est

exemplaire. Présenté par ses contempteurs comme un monstre, une affreuse doctrine,

un attentat contre les autorités, il est accusé d'être la cause cachée de la corruption

des moeurs. C'est la thèse de l'avocat général Joly de Fleury, qui dénonce,

en 1760, l'existence d'une «société formée pour soutenir le matérialisme, pour détruire

la religion, pour inspirer l'indépendance, et nourrir la corruption des

moeurs». De son côté, Rousseau s'inquiète de la tendance des penseurs de son

temps à « matérialiser toutes les opérations de l'âme». Cette situation est d'autant

plus étonnante qu'au début du siècle le terme matérialisme était encore très rare.

Que s'est-il passé ? Que cachent ces accusations ? D'après la Lettre au R. P. Berthier

sur le matérialisme (1759), dont on trouvera ici le texte, accompagné d'une brève

étude bibliographique par Claudette Fortuny, ces réactions excessives trahissent

l'instrumentalisation de cette doctrine par différents groupes de pression. Mais les

stratégies mises en oeuvre par les champions de l'ordre établi et les avocats des différents

courants du christianisme ont aussi pour effet de confirmer l'importance des

questions agitées par ceux qu'ils nomment les philosophes , et qui ont en commun

d'interroger le système de valeurs dominant, ouvrant ainsi la voie à une réforme de

la société. Soupçonné d'être à la tête de ce groupe, Diderot avait déjà compris que

les moeurs étaient précisément ce qu'il fallait penser.

Ce livre, sensiblement augmenté par rapport à la version parue sous le titre L'Ordre

des moeurs (Kimé, 1996), révèle le rôle crucial joué par les disputes sur la nature

des moeurs dans l'émergence du phénomène des Lumières. Il constitue aussi une

contribution importante au débat actuel sur la formation des individus et de l'opinion

publique.

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