Humeurs : l'écoulement en art comme herméneutique critique du corps défaillant

Pour l'imagination, tout ce qui coule est de l'eau , affirme
Gaston Bachelard dans "L'eau et les rêves".
La question des humeurs en art - au sens des affects mais également
comme substance physiologique -, s'entend dans une
perspective créatrice plurielle : ontologique dans sa capacité
poïétique à engager le corps de l'artiste vers un processus d'élucidation
(le corps comme matériau), elle charrie en même temps
l'idée d'une métamorphose perpétuelle de ce corps en acte,
fluant, fluide en soi et fondamentalement «inachevable». Mais
la fabrique humorale est encore, au-delà du caractère dynamique
qu'elle met en oeuvre, la formule nodale autour de laquelle va
s'élaborer une expérience étrange pour le spectateur, à la fois
esthésique et esthétique (le corps comme sujet). Mêlant dans une
approche inouïe, fascinante et souvent répugnante l'effet d'un
double jeu, le corps du spectateur, pris dans le flot de ses
ancrages heuristiques, est alors traversé d'un reflux puissant, qui
l'invite à s'extraire d'un rapport trop intimiste à l'oeuvre pour
être propulsé sur la vague d'une phénoménologie d'ordre plus
collectif, critique et politique (le corps comme enjeu).