Guillaume Tell : résistant et citoyen du monde

Guillaume Tell : résistant et citoyen du monde

Guillaume Tell : résistant et citoyen du monde
Éditeur: Zoé
2005381 pagesISBN 9782881825194
Format: BrochéLangue : Français

Un nom si bref et si vibrant qu'il se fixe dans la mémoire comme la

flèche dans la cible. Une apparition - à l'automne du Moyen Âge -,

ou plutôt la fixation soudaine d'une image jusque-là errante. Un

thème à la fois local et universel, bien plus complexe qu'il n'apparaît

au premier regard. Une aventure poursuivie sur un demi-millénaire,

portée par les poètes, les artistes, les hôtes de la Suisse, accueillie

par les nations, diffusée au-delà des Océans, en dépit des perplexités,

des réserves des érudits. Une méditation cent fois reprise sur

l'imbrication des thèmes de la violence et de la liberté.

Voilà ce que voudrait montrer ce livre qui propose aux lecteurs bien

des itinéraires, européens d'abord mais aussi intercontinentaux, de

Turquie en Chine et au Japon, des États-Unis au Paraguay, des Philippines

à Cuba. Plaisir d'entendre s'exprimer à propos de Tell des

hommes aussi différents que Chateaubriand et Victor Hugo, Ruskin

et Petöfi, Tartarin de Tarascon et Mark Twain, Mazzini et Engels,

Bakounine et Clemenceau, voire Trotzki, sans parler des champions

de la Révolution française et, bien sûr, du poète au rôle déterminant,

Friedrich Schiller, mis sur la piste par Goethe. L'apologie est

sans cesse confrontée aux propos critiques et les voix du monde

n'empêchent pas le débat interhelvétique de se poursuivre d'une

génération à l'autre.

«Naissance d'une nation», dira la

légende. Et les générations se

relaieront pour relater un des rares

événements exemplaires à tout

jamais. « The best known story in

the world », affirme à son propos la

publicité d'un film américain en

1924. «Illusion d'optique, grossier

anachronisme, manipulation, invention

cousue de fil blanc, utilisation

indue d'un vagabond venu d'on ne

sait où !» s'esclafferont ou s'indigneront

ceux qui savent, ceux à

qui «on ne la fait pas». Cependant

que d'autres, plus modérés

dans la forme mais aussi catégoriques

sur le fond, suggéreront

doucement : «Reconsidérez votre

tableau ! N'oubliez pas qu'il s'agit

d'un décor de théâtre et que toute

cette aventure est essentiellement

théâtrale !» Peut-être, mais reconnaissons

alors que le tréteau de

place de village s'élargit aux

dimensions du grand théâtre du

monde. Le Tell de Hans Erni,

qui a tenu le maquis, dialogue

avec la statue de la Liberté de

New York.

Car cette histoire toute simple,

apparemment simplette, se révélera

de siècle en siècle pleine de

sens, de force, et porteuse, pour

d'innombrables êtres opprimés ou

menacés, d'une formidable espérance.

C'est qu'elle signifie beaucoup

plus qu'elle ne dit, et se

charge curieusement des peines,

des angoisses, des problèmes

particuliers à chaque siècle sinon

à chaque nation.

«Connu, trop connu, inconnu, méconnu», Tell, le plus célèbre, le plus encensé et le plus

malmené des Suisses, sort brusquement de l'ombre au dernier quart du XV<sup>e</sup> siècle, pour

apparaître tour à tour dans un recueil de documents, un chant, une chronique imprimée, un jeu

scénique. Il s'impose à toute une région, à tout un pays et franchit bientôt les frontières

confessionnelles, territoriales, linguistiques.

A la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle, des hommes l'ont cité, discuté, invoqué au-delà même de ce

continent, dans l'empire des tsars comme aux jeunes Etats-Unis.

Héros de la liberté, symbole de la résistance à la tyrannie - éprouvé comme Abraham,

poussé à tuer comme Brutus - il inspire peintres, poètes, auteurs dramatiques. Son origine

incertaine, les précédents troublants d'«ancêtres» nordiques, la distance entre le temps de ses

exploits et les premiers témoignages le concernant éveillent - de Voltaire à Gibbon - la

méfiance critique. Des historiens tour à tour s'enflamment, se tâtent et se cabrent. Mais la

Révolution française d'abord et surtout le poète allemand Friedrich Schiller l'ayant adopté, sa

marche à travers les nations ne se laisse pas arrêter. Déjà le Guillaume Tell posthume du

fabuliste français Florian (1801) devait connaître des traductions en russe, en allemand, en

italien, en anglais (au moins treize éditions aux Etats-Unis), en roumain et en grec.

Capitale, dans la carrière de Telle (à certains égards un fils des planches), la date du 17

mars 1804, où fut créé à Weimar le drame qui porte (à tous les sens du terme) son nom. Ici

surtout les traductions se succèdent - comme les représentations -, relayées par les accords de

Rossini. Et les séjours en Suisse, tôt pratiqués, de touristes et d'exilés, de faire le reste. Quel

florilège de textes, de Goethe à Chateaubriand, de Victor Hugo et de Lamartine à Tartarin de

Tarascon et Clemenceau, de Ruskin à Mark Twain, de Keats au Hongrois Petöfi (qui fut Tell

dans une vie antérieure !).

Invoqué comme précédent par les anarchistes (Bakounine !), Tell provoque des réserves

expresses de la part des marxistes, de Friedrich Engels à Bertolt Brecht. En Suisse même,

combien a-t-il inspiré d'artistes (de Füssli à Hodler, de Hans Erni à Luginbühl), de romancier

et d'essayistes (de Gotthelf et Keller à Walser) et d'auteurs dramatiques (de René Morax à

Fernand Chavannes)... Cependant que Salvador Dali règle par son truchement ses compte

avec son père.

Jalonnant l'histoire helvétique, on entend l'appel au héros rassembleur aux heures de

grave péril et de fortes commotions ; mais on assiste aussi - et de plus en plus - à sa mise en

question, au piquet, voire au rancart, par nombre d'intellectuels, au nom de la probité

scientifique comme d'un civisme critique dénonçant un trop long mésusage d'un symbole

devenu cliché. Témoin le Guillaume Tell pour les écoles de Max Frisch. Révolte aussi, dès

1968, du fils de Tell (trop longtemps mis en joue) d'un continent à l'autre.

Car Tell, répétons-le, a franchi les mers. L'étude de ses périples n'est pas moins

intéressante en Turquie, aux Philippines, au Japon ou en Chine qu'aux Etats-Unis ou au

Paraguay. Et voici qu'on perçoit des échos africains...

On l'a dit : un mythe est insubmersible. Condamné, oublié, ou englouti, il refait surface,

tel un phoque, là où on ne l'attendait pas. Il peut suffire - comme on l'a vu lors de la chute du

Mur de Berlin - de la rencontre d'un Evénement et d'une mise en scène inspirée.

Voilà de quoi - entre autres - traite cet ouvrage, qui n'oublie pas, même au pied du Fuji-Yama,

l'impact du paysage alpestre et lacustre des Quatre-Cantons.

A votre disposition pour des illustrations ou pour un contact avec l'auteur (notice

biographique au dos et dans le rabat). Avec mes salutations les plus cordiales.

Marlyse Pietri

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