Ressort cassé

Jusqu'ici, le nom de Marguerite
Coppin figurait uniquement dans
quelques anthologies de poétesses
féminines, associé à des poèmes
mièvres, célébrant l'effacement
naturel des femmes.
On savait aussi que la dame avait
été suspectée d'atteinte aux
«bonnes moeurs» pour Le Troisième
sexe , roman publié sans
nom d'auteur, par un éditeur sulfureux.
Pour les lecteurs des poèmes,
la chose était pour le moins inattendue.
Le procureur suspecte Marguerite Coppin, dans Le Troisième sexe , de faire
l'éloge des amours saphiques, mais pire encore, de décrire un monde où la
ligne qui marque la différence indubitable entre les sexes s'inscrit en pointillés.
Le roman mérite donc de retenir l'attention de ceux qui s'intéressent aux indécisions
du genre.
J'ai choisi de republier le roman qui vient un an avant l'ouvrage incriminé et
qui en donne la clef.
Ressort cassé est un livre en deux parties : là, une jeune fille séduit son institutrice
; ici, à peine plus âgée, elle analyse la situation des femmes avec une
rare lucidité et un cynisme qu'on peut qualifier de politique. Si l'instruction est
un handicap pour une femme sans fortune, son corps est son unique capital.
Seule consolation : être toujours, à la fois, l'enjeu et la joueuse.
Ressort cassé est, à n'en pas douter, un roman féministe et Marguerite Coppin
une femme à deux visages. Reste aux chercheurs/euses à les révéler et à
les articuler.
Mirande Lucien