L'étrangère

Puisqu'«on ne naît pas femme», quel sexe attribuer à ces milliards
d'êtres humains qui, du Soudan au Groenland, de la Mongolie
à l'Amazonie, du Mozambique aux Andes, de l'Inde à la
Patagonie, ne sont pas nés femmes bien que pourvus de seins et
d'un ventre... échancré ; et ne pourront jamais le devenir - cette
dignité impliquant autonomie, libre disposition de son corps, accès
à la culture, plein accomplissement de ses dons, alors que les
conditions géographiques, économiques - pérennes - têtues, ne le
leur permettent pas, sans préjudice du carcan des moeurs et de la
chape des croyances ?
Que celles qui firent leur credo de l'incipit du Deuxième sexe s'avisent
qu'on ne devient femme, presque toujours, que sous le regard
de l'homme, qu'il soit père, frère aîné, enseignant, mari, amant, ce
qui n'est pas, qu'elles le veuillent ou non, sans de grandes conséquences.
Partant, si c'était ce regard par nature détestable, qu'il faudrait
d'abord sinon modifier, du moins infléchir ?
Troisième et dernier volet d'une «Poétique de la femme», ce livre-ci
voudrait y contribuer.
F. S.