Philosophie, n° 118. Patocka et la question du monde

Philosophie, n° 118. Patocka et la question du monde

Philosophie, n° 118. Patocka et la question du monde
Éditeur: Minuit
201395 pagesISBN 9782707323002
Format: BrochéLangue : Français

La question du monde s'impose aujourd'hui comme une question phénoménologique

majeure. Mais elle ne s'en impose pas moins à partir des acquis de la phénoménologie

: c'est d'abord avec Husserl que la question du monde quitte l'horizon

de l'objectivation, au sens où l'intentionnalité (puis l' In-der-Welt-Sein de

Heidegger) projette la conscience dans le monde sans l'écran de la représentation.

La phénoménologie revient ainsi au «monde même», pour le laisser apparaître

non plus selon la figure métaphysique de l' objet , mais selon la figure de l' horizon

(Husserl, Heidegger), de la chair (Merleau-Ponty), ou encore du mouvement , voire

de l' événement (Patocka).

L'actualité de cette question s'explique notamment par les recherches de plus

en plus nombreuses et précises autour d'un phénoménologue qui en a fait la question

centrale de son oeuvre (avec celle, corrélative et peut-être même première, de

la liberté) : Patocka. Toutes ses analyses apparaissent comme des avancées décisives

- voire, pour le moment, indépassables - parce qu'à travers les possibilités

interprétatives qu'elles déploient, elles parviennent à nouer le dialogue entre des

orientations différentes, donc à faire bouger les lignes : d'un côté, une orientation

plutôt husserlienne qui insiste sur le mouvement, de l'autre, une orientation plutôt

heideggérienne qui privilégie l'événement.

Ce numéro consacré à Patocka et la question du monde vise donc un double

objectif : dégager les grandes lignes d'interprétation de la pensée de Patocka sur

la question du monde, et ménager la voie à des pensées renouvelées du monde

comme de l' ego. Le monde n'est pas originairement la totalité des objets que constitue

la conscience, mais la totalité des possibles qui précède et rend possible toute

constitution, y compris la constitution de l' ego en tant que conscience. Dans ce

renversement, l'ego perd son statut d' ego transcendantal, si bien que la question

du monde pose finalement la question de l' ego : comment concevoir un ego dont

on reconnaît la dépendance originaire à l'égard du monde ?

À travers la question du monde chez Patocka, l'ensemble des textes de ce numéro

ont ainsi pour enjeu de frayer de nouveaux chemins dans la longue élaboration de

ce que Husserl considérait comme la tâche propre de la phénoménologie : l' a priori

universel de corrélation. Tous s'accordent pour affirmer, à la suite de Patocka, qu'il

réside dans l'essence dynamique du monde et de l' ego , c'est-à-dire dans la structure

dynamique de la corrélation. Mais encore reste-t-il à en spécifier la nature :

s'agit-il d'une structure d'appel et de réponse entre deux termes irréductibles

(orientation événementiale), ou simplement d'une structure du monde (orientation

cosmologique) ?

Les réponses divergent et ouvrent un espace de débat entre les différents articles,

tous néanmoins focalisés sur un point particulier : le legs d'une question de Husserl

à Patocka, le rapport entre Fink et Patocka, l'apparaître, la naissance, le mouvement,

la liberté, et la donation. Au lecteur de tracer à présent son propre chemin

dans l'espace ouvert par ces différentes voix.

É.T.

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