Réflexions sur le droit à la santé

Le droit à la santé existe-t-il ? Au-delà des simples affirmations
quant à son existence ou inexistence, il convient d'en apporter la
démonstration afin de forger un outil juridique utile à la résolution
des problèmes que suscitent notamment les sciences de la vie. En
effet, si aujourd'hui le droit à la santé n'est quasiment jamais utilisé
pour résoudre ces problèmes, c'est parce qu'on ignore tout de ce
concept dont l'existence n'est même pas certaine. L'analyse révèle
que ce concept est bien réel et qu'il revêt les qualifications de droit de
l'homme et de droit subjectif. Il est également de droit positif et possède
une valeur constitutionnelle de par sa reconnaissance par le bloc de
constitutionnalité et la jurisprudence. La notion de droit fondamental
permet même de l'ériger en droit matriciel en raison de sa finalité qui
est de protéger et de rétablir la santé de tout être humain. Cette finalité
du droit à la santé, qui permet d'en déterminer le contenu, constitue
surtout le point de référence incontournable de la mise en oeuvre
effective de ce droit. Dans cette optique, la finalité du droit à la santé,
qui explique certaines règles traditionnelles de notre droit, impose de
rejeter toute analyse du droit positif aboutissant à renier son bénéfice à
des êtres humains au motif qu'ils ne sont pas sujets de droit. De par sa
nature et sa finalité, le droit à la santé bénéficie à tout être humain, et
tout être humain, y compris l'enfant à naître, doit par conséquent être
sujet de droit pour pouvoir en bénéficier. Le droit à la santé permet par
ailleurs de remettre en cause toute jurisprudence contraire à sa finalité.
Ainsi, s'oppose-t-il à toute reconnaissance d'un droit de ne pas naître
en mauvaise santé et au refus d'accorder la protection pénale à l'enfant
à naître victime d'un homicide involontaire.