La Belgique gauloise : mythes et archéologies

Peu après son indépendance, la Belgique se met à chercher des Pères
pour cette nouvelle Patrie. Ils sont immortalisés sous forme de statues et
de peintures sur la place publique, entre autres à des fins éducatives.
Ambiorix, Clovis, Charlemagne, Godefroid de Bouillon sont tous porteurs
du même message : ceci était la Belgique ou, mieux, ceci est la Belgique !
Boduognat le Nervien et Ambiorix l'Éburon prennent une place de choix :
ils représentent les «anciens», les «premiers» Belges. La Belgique ne
porte-t-elle pas un nom que Jules César, son premier chroniqueur, lui a
donné ? Très vite, cependant, une question quelque peu fallacieuse naît :
nos héros sont-ils Gaulois ou Germains ? D'où viennent-ils, à quelle
«race» appartiennent-ils ?
Pour mieux comprendre les mythes autour des «anciens Belges», les
textes classiques sont désormais mis à l'épreuve de l'archéologie. Celle-ci
connaît des développements spectaculaires depuis un quart de siècle,
menant à la redécouverte de la culture matérielle de la Gaule Belgique.
Elle n'a rien de barbare ou de primitif, d'ailleurs, comme en attestent les
trésors de Beringen ou de Frasnes-lez-Buissenal.
Boduognat reste toutefois évanescent. De même, Ambiorix échappe à
la recherche scientifique, tout comme il élude les troupes de César le
traquant après le massacre des soldats de Sabinus et Cotta. Plus vrai que
son modèle, Ambiorix statufié surveille, du haut de son dolmen, les allées
et venues dans le centre de Tongres, perpétuant jusqu'à aujourd'hui
le mythe, sans rien révéler de l'homme. Mais qu'en est-il finalement de
son peuple ?