Brancusi et la photographie : un moment donné

On connaît bien Brancusi, le grand sculpteur du XX<sup>e</sup> siècle ; on découvre à peine Brancusi,
le photographe. Pourtant, l'ermite de l'impasse Ronsin s'est adonné à la photographie tout
au long de sa vie, avec la même ardeur qu'à la sculpture, premier et principal sujet de ses
clichés. Très vite ceux-ci ne se borneront plus à reproduire passivement ses sculptures, mais
agiront sur elles, comme si, aux yeux de l'artiste, il leur manquait quelque chose que la
photographie seule pouvait leur apporter.
Que manquait-il à ses oeuvres ? Comment ses photographies cherchent et parviennent-elles
à pallier ce manque ? En se posant ces questions, Pierre Schneider est amené à
réviser l'idée qu'on se fait de l'oeuvre sculpté de Brancusi, habité par le désir, a priori peu
compatible avec un art que caractérise la pesanteur, d'accéder à l'infini. L'auteur raconte
les hauts et les bas de cette quête, analyse les méthodes utilisées par Brancusi pour chercher
à «pénétrer dans le Royaume des cieux» : par l'empilage des socles, par la conquête
du vol, par la reconstruction de l'Échelle de David, mais surtout par la photographie.
En découvrant que toute prise de vue a deux auteurs - le photographe et la Providence
(autrement dit : le Hasard) - Brancusi croit disposer du moyen de capter dans ses clichés,
du moins lorsque la conjoncture est bonne, le signe céleste qui lui prouverait qu'il a réussi.
Sans le vouloir, Brancusi révolutionne ainsi la photographie, jusqu'alors calquée sur la
peinture, qui s'obstinait à contrôler de fond en comble les images qu'elle créait.